Source : https://amatterofmind.org/Pierres_PDFs/LAROUCHE%20REPORTS/LYNDON_LAROUCHE_LE_PROBLEME_DU_QUEBEC_ET_LA_LOI_NATURELLE.pdf

Lyndon LaRouche, traduction du Comité pour la République du Canada, Mai 1979

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Au cours des années 1880, mon grand-père paternel, Joseph, a quitté la maison du luthier amateur Antoine Larouche et le Québec rural, recherchant en France puis aux États-Unis le genre d’occasions refusées depuis longtemps à la majorité de la population québécoise par la politique britannique au Canada. Il s’est installé aux États-Unis, gagnant une petite modification dans l’épellation de son nom lors de son immigration américaine. D’abord pharmacien, il devint ensuite mécanicien avec quelques inventions réussies à son crédit, et mourut dans l’aisance à Lynn (Massachusetts) en 1931. Parmi ceux qui l’avaient connu il faisait toujours figure de légende plus de vingt ans après sa mort.

La situation des Québécois s’est améliorée depuis les années 1880. Mais depuis le milieu des années 1960, les chances qui s’offrent à eux s’amenuisent. Même si les causes de ces difficultés économiques récentes sont liées à la ruine du système monétaire de Bretton Woods, dominé par Londres, il reste que, sous-tendant les différentes améliorations et fluctuations économiques—à la hausse durant les années 50 et à la baisse à la fin des années 60 et durant les années 70—le problème fondamental confrontant les Québécois demeure la survivance de la vicieuse tradition politique britannique. Cette politique a été d’abord élaborée par le Premier Ministre William Pitt-le-Jeune, et poursuivie pour l’essentiel sous Canning, Palmerston, Russell et les différents Gouverneurs Généraux jusqu’à aujourd’hui.

Sur les faits, je peux parler et écrire avec une certaine autorité, restreinte mais spéciale. Les recherches historiques et statistiques que j’ai faites personnellement durant les années 50, ou celles de mes collaborateurs immédiats, rendent compte des faits les plus généraux. En plus, j’ai eu l’avantage précieux d’examiner le Québec sous l’angle des intérêts d’une importante faction financière du Québec pendant les années 50.

J’ai aussi bénéficié, plus récemment, de discussions avec des cercles bien informés en France sur ce sujet, ainsi que de rapports de discussions avec des cercles appropriés au Québec même.

En tant que candidat à la présidence américaine, cette sorte de connaissance pratique des problèmes que le Québec doit régler est importante, mais ce n’est pas la base fondamentale de ma politique vis-à-vis du Québec. Cette connaissance pratique est indispensable, précisément parce qu’elle me permet de savoir que mes politiques, dérivées d’un point de vue différent et plus élevé, sont aussi correctes en pratique pour le Québec d’aujourd’hui.

Si le citoyen québécois, et d’autres, souhaitent comprendre ma politique québécoise, ils doivent exiger de moi que je présente la base morale sous-tendant mon jugement. En procédant maintenant à l’exposé des processus mentaux internes par lesquels j’ai élaboré ma politique québécoise, je satisfais cette exigence;  je fournis aussi aux lecteurs québécois et à d’autres quelque chose de plus important pour eux. Suivant ma conception générale de la question, je leur propose de définir l’importance globale d’un Québec non dominé par les Britanniques.

La campagne présidentielle de 1980

On peut comparer ma campagne pour l’élection présidentielle américaine de 1980 à celle qui a conduit à l’élection du Président Abraham Lincoln en 1860.

La politique de «désintégration contrôlée» de l’économie américaine, ordonnée par le «Council on Foreign Relations» (CFR) de New York, et appliquée par l’administration Carter (dominée par le CFR), est une politique britannique qui contredit directement et totalement l’engagement «organique» de plus des deux-tiers des électeurs américains éligibles, tout comme les politiques de l’administration du Président James Buchanan (1857–1860) s’opposaient directement et violemment aux impulsions de la majorité des citoyens américains d’alors.

Aujourd’hui, plus des deux-tiers des électeurs éligibles aux États-Unis sont essentiellement des républicains démocratiques dans leur vision du monde, et sont dédiés à poursuivre la politique américaine traditionnelle du progrès technologique dans l’agriculture et l’industrie. Or, les bureaucraties qui contrôlent nationalement les partis Républicain et Démocrate sont à ce point-ci, plus ou moins également, sous le contrôle dictatorial du CFR de New York et des formations politiques anglophiles, alliées au CFR.

Chaque fois qu’un tel fossé se creuse entre les partis politiques dirigeants et la grande majorité des citoyens, la nation affectée est plus ou moins mûre, potentiellement, pour le démantèlement des vieux partis et l’émergence d’un nouveau parti dirigeant. L’exemple de l’élection du Président Lincoln en 1860 en est l’illustration.

Tel est l’aspect tactique essentiel de ma campagne électorale.

Cette tactique est plus qu’une simple idée théorique. Elle a une base factuelle que viennent confirmer de plus en plus les signes avant-coureurs de l’éruption possible d’un «volcan» politique dans la vie politique américaine.

La combinaison que représentent l’administration Carter, la majorité du Congrès, les candidats présidentiels d’envergure des Républicains et des Démocrates, autant que la majorité des principaux médias américains, donnent l’impression d’une force monolithique dédiée aux politiques fabriquées par le CFR; si cette carapace monolithique est dure, elle est aussi fragile et fissurée au point qu’on peut la faire éclater.

La politique officielle américaine est en ce moment orientée vers des objectifs directement et totalement contraires à la tradition républicaine américaine du progrès technologique généralisé. C’est pourquoi les politiques de ce bloc monolithique recueillent l’adhésion morale de moins d’un quart des électeurs éligibles.

Ce fait se reflète dans les résultats de l’élection présidentielle de 1976 et les récents sondages Harris. Incluant les trois à cinq millions de votes frauduleusement reportés sur lui aux élections de 1976, le total des voix dont Carter a été crédité ne représente que 28 pour cent des électeurs éligibles, tandis que la popularité de Carter n’atteint pas les 20 pour cent selon les derniers sondages.

Si l’on analyse le montant total des suffrages recueillis par les candidats Républicains et Démocrates liés au CFR, on s’aperçoit alors que la «base» de l’administration Carter est beaucoup plus étroite que les votes enregistrés le suggèrent.

La très grande majorité des électeurs éligibles aux États-Unis est convaincue qu’il lui est impossible d’influencer efficacement l’orientation politique générale tant au niveau du gouvernment féderal qu’au niveau des instances nationales des partis Républicain et Démocrate. Dans un nombre grandissant d’états, ce même sentiment d’impuissance existe envers le gouvernement de l’état et de l’organisation des partis mentionnés.

Dans ces circonstances, toute élection où vote plus de la moitié des électeurs éligibles fait figure de scrutin à forte participation.

De même, le choix des électeurs est largement motivé par des raisons totalement étrangères à l’orientation générale des candidats au niveau national, ou même à celle de l’état. Certains «votes en bloc», comme les votes en bloc des syndicats, se portent d’ordinaire sur tel ou tel candidat en raison «d’accords» préalables entre les organisations faisant voter en bloc et la machine du parti concerné. Pas plus d’un ou deux textes législatifs déjà adopté ou en préparation et d’intérêt particulier influent sur le choix de la majorité de l’électorat.

Pareilles constatations obligent la personne réfléchie à se demander: «Comment une machine politique s’appuyant sur moins d’un quart de l’électorat parvient-elle concrètement à maintenir sa quasi-dictature sur plus des deux-tiers des citoyens dont la vision philosophique, organique, lui est directement opposée?» La réponse exacte et simple à cette question est que la majorité des citoyens constitue, relativement parlant, une masse fragmentée, alors que la force minoritaire prévaut de par le déploiement concerté de ses éléments constitutifs.

Par analogie, on pourrait comparer ce cas à des pièces de fer magnétisées et non-magnétisées. Dans le premier cas, la pièce de fer magnétisée, un grand nombre de molécules se polarise pour produire un effet magnétique concerté, tandis que les molécules dans la pièce de fer non-magnétisée sont dispersées de façon incohérente. Il est nécessaire de polariser les «pièces de fer» politiques représentant la majorité; alors, la dictature politique de la force minoritaire prendra fin.

Dans les prochains mois, les États-Unis vont connaître une transformation profonde de la qualité de leur vie politique. Seulement deux types de changements représentent des possibilités pratiques dans cette conjoncture. Le premier, qui en ce moment apparaît beaucoup plus probable au premier abord, est représenté par la candidature présidentielle du Général Alexander Haig. Le deuxième est représenté par ma propre candidature.

S’il n’y avait pas de crise sérieuse à ce point-ci de l’histoire monétaire, économique et politico-stratégique du monde, il me serait possible de gagner la Présidence américaine lors des élections présidentielles de novembre 1984. L’intérêt et l’appui grandissants envers ma candidature culmineraient normalement après les élections au Congrès en 1982, menant à la victoire à l’élection présidentielle de novembre 1984. Preuve en est la massive campagne internationale de calomnies et de harcèlement déployée contre moi et mes co-penseurs, campagne menée surtout par des cercles britanniques et leurs complices sionistes et habsbourgeois («Heritage Foundation», Société du Mont Pélerin).

Des cercles britanniques, habsbourgeois et sionistes haut placés ont déclaré de façon répétée à des confidents que, selon eux, les prochains mois représentent leur dernière chance d’isoler l’influence politique associée à ma candidature.

Malheureusement, le rythme de la crise actuelle ne nous permet pas d’attendre que ces processus parviennent politiquement à maturation d’ici à 1984. Pour des raisons diverses, les forces britanniques alliées au CFR sont résolues à porter la crise économique et politico-stratégique mondiale à un point de rupture, avant l’élection présidentielle américaine de 1980. La politique adoptée par le CFR est de transformer les États-Unis en une économie de guerre de facto, selon les mêmes lignes générales de politique de crise utilisées pour déveloper le régime d’ Adolf Hitler de 1933 à 1936 en Allemagne. Telle est la politique associée au choix de Haig comme candidat pour novembre 1980, choix qui est celui du CFR.

Mes associés et moi-même devons donc employer des moyens «peu orthodoxes» pour accélérer les potentialités prévues pour la période 1983–1984 et les réaliser durant 1979–1980. Nous devons agir pour accélérer cette catalyse politique qui regroupe plus des deux-tiers d’électeurs éligibles autour de ma candidature, et ce, maintenant, dans les prochains mois. A ce moment-ci, il n’y a pas d’autre alternative visible à la candidature fascisante de Haig.

A tout prendre il faut que je sois élu Président en novembre 1980. La seule alternative tolérable serait celle où ma campagne aurait eu l’effet d’éduquer et de promouvoir d’autres candidats acceptables à la présidence américaine. Un de ces candidats devrait être élu si je suis assassiné par mes ennemis anglo-sionistes ou écarté de la Maison Blanche pour des raisons physiques.

Aux personnes sérieuses à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis, je dois dire que la question principale à ce moment-ci n’est pas mon élection à la Présidence en 1980. C’est le succès, durant 1979, de la campagne politique autour de ma candidature. Si ma campagne obtient un certain nombre de résultats durant 1979, la menace d’un tournant fasciste aux États-Unis aura été écartée. Voilà l’objectif minimal immédiat.

A propos de moi-même

Il n’y a rien de vraiment improbable ou d’impraticable dans ma candidature actuelle pour la présidence des États-Unis. Au mieux, tous les candidats Républicains et Démocrates d’envergure sont loin, très loin derrière moi quant aux qualifications morales, intellectuelles et personnelles requises pour ce poste; en outre ils sont beaucoup moins qualifiés que moi quant aux aptitudes administratives que ce poste requiert. De plus, pour les raisons indiquées juste auparavant, le type de processus qui pourrait mener à mon élection en novembre 1980—le «processus de Lincoln»—est une possibilité sérieuse aux États-Unis dans les prochains mois.

Cependant, nous devons non seulement concéder, mais aussi insister sur le fait que je ne réponds pas à «l’image» typique du candidat présidentiel américain depuis la mort de Lincoln. Je ne suis pas un simple politicien, dans le sens habituel du terme aux États-Unis. Je ne fais pas carrière et je ne fais pas de la présidence américaine l’objectif de mon ambition personnelle. Pour citer la Commedia de Dante Alighieri, je suis gouverné par des «ambitions» différentes de celles que l’on pourrait identifier aux buts du «paradis terrestre».

Dans le sense descriptif le plus étroit de mon identité professionnelle, je suis un savant. A partir d’une percée initiale cruciale en 1952, j’ai accompli un progrès fondamental en économie politique. Avec l’aide des contributions majeures en physique de Georg Cantor et Bernhard Riemann, j’ai été capable de résoudre le problème central de l’analyse économique: réduire à des méthodes susceptibles de quantification la tâche de démontrer le lien causal entre un taux défini de progrès technologique et les taux résultants de croissance économique.

Cet accomplissement a débordé, avec des résultats bénéfiques, dans des aspects théoriques de la physique des plasmas et dans certains aspects de recherches biologiques. Même si ces réalisations ultérieures ont été accomplies par d’autres personnes, des professionnels dans ces champs d’études, étroitement associés avec moi, j’ai eu le rôle heureux de faire des contributions directes à ces réalisations de par mon association avec eux.

Si j ‘étais une personne dominée par ce qui est ordinairement perçue comme des ambitions «terrestres,» j’aurais raison d’être plus que satisfait en continuant de jouir du progrès auquel j’ai contribué.

Je suis aussi devenu un philosophe d’importance. À ce propos, on ne devrait pas utiliser ce terme «philosophe» dans le sens utilisé par tant de pauvres «sorbonnards». Je suis un philosophe dans la tradition directe de Platon, des néoplatoniciens chrétiens en général, des philosophes—savants islamiques ismaéliens, comme al-Farabi et Ibn Sina (Avicenne), et de façon spécifique des courants antérieurs illustrés par le Roger Bacon  «avicénien» du XIIIème siècle, Dante Alighieri, le Cardinal Nicholas de Cuse et Gottfried Wilhelm Leibniz.

Ce rôle de philosophe et mon rôle subsumé de savant sont, en principe, une seule et même chose. La division artificielle entre les sciences «spirituelles» et «sociales» d’un côté, et lesdites sciences physiques de l’autre, est une séparation fausse et artificielle. Cette fausse séparation fut mise de l’avant en Angleterre et en France par des courants britanniques au cours du XVIIIième siècle et n’est qu’ une illusion qui a reçu un crédit international plus général durant le XIXième siècle. Par exemple, des courants britanniques ont réussi, au XIXième siècle, à faire accepter une division entre ce qui est nommé Geisteswissenschaft et Naturwissenschaft, une illusion qui persiste encore en Allemagne aujourd’hui.

Mon rapport à l’oeuvre de Bernhard Riemann et aux travaux de 1883 de Georg Cantor, illustre la relation entre la philosophie et la science dans mon travail est au cœur même de mon identité.

Malheureusement, l’oeuvre de Riemann n’a généralement pas été comprise de façon adéquate, même parmi les soi-disant spécialistes de Riemann. Un examen des notes et des travaux non-publiés de Riemann a totalement corroboré mon jugement de longue date sur la conscience même que Riemann avait des fondements profonds et de la signification de ses propres accomplissements spécifiques. Il est sans aucun doute le physicien le plus important des XIXième et XXième siècles jusqu’à nos jours.

Chez Riemann, il n’ y a aucune division entre Geisteswissenschaft et Naturwissenschaft. Tous les accomplissements fondamentaux de Riemann en physique furent le résultat de sa compréhension d’un corps unique, inclusif, de loi naturelle; droit naturel dans le sens où les chrétiens néoplatoniciens comprirent les implications de «l’hypothèse de l’hypothèse supérieure» de Platon.

Riemann a refleté cela dans son exposé «Sur les hypothèses qui servent de fondement à la géométrie», mémoire présenté lors de son admission au poste de professeur à Göttingen. Dans ce mémoire, Riemann a résumé l’idée suivant laquelle l’univers n’est pas gouverné par un ensemble de lois fixes, au sens où des lois fixes pourraient être représentées sous la forme ordinaire d’équations algébriques simultanées.

L’univers est gouverné par un ordre plus élevé d’organisation, de telle sorte que pour toute action caractéristique d’un domaine physique donné, dénoté comme étant de l’ordre «n», il existe un principe plus élevé et déterminant d’action universelle, un principe exprimé par le développement du domaine physique  «n» dans un domaine d’un ordre plus élevé dont l’action caractéristique est désignée par «n+1».

Cet aspect de Riemann a été la clé décisive qui m’a conduit à la solution du problème crucial en économie politique. C’est ma démonstration empirique réussie de la validité de la conception riemannienne dans le domaine des processus économiques qui mena mes collaborateurs et moi-même à des découvertes corollaires dans les domaines spécialisés de la physique des plasmas et de la biologie.

Mes accomplissements combinés en philosophie, en science économique et leurs corollaires en physique et en biologie, mènent à la conclusion que ma contribution la plus fondamentale aux formes quantifiables du savoir est celle d’avoir apporté une nouvelle signification rigoureuse au terme «d’anentropie». Mon usage de cette notion «d’anentropie» en analyse économique et dans ladite science physique intercepte exactement le principe générateur de «n+1» que Riemann présenta dans son mémoire. Il intercepte aussi la conception de «l’hypothèse supérieure» telle qu’elle est élaborée par Platon, par les premiers chrétiens néoplatoniciens, dans la Métaphysique d’lbn Sina et dans les écrits pertinents du Cardinal Nicholas de Cuse.

Qu’il soit clair que je rapporte cela simplement pour dénombrer les questions scientifiques au cœur de mon sens d’identité personnelle. Plus largement, j’identifie par là même les principes rigoureux qui gouvernent mon activité politique, et qui, plus étroitement, m’ont fait adopter et lancer mon «Opération Lafayette» pour le Québec.

Ces questions scientifiques recoupent les accomplissements scientifiques et la vision philosophique de Riemann et ne déterminent pas seulement une conception supérieure de l’économie et desdites sciences physiques. Ces questions nous permettent aussi de développer une démonstration de la nature fondamentale de notre univers, démonstration des plus rigoureuses et ayant une base empirique. Par ce moyen, nous pouvons dériver une conception rigoureuse de la signification exacte de l’homme et des buts d’une vie humaine individuelle à l’intérieur de la conception de la nature de l’univers pris globalement.

Comme cette exposition sera lue par des gens qui ne sont pas familiers avec mes autres écrits, je résumerai deux illustrations souvent utilisées dans des buts semblables par le passé. D’abord, j’illustre la signification du principe générateur «n+1» de Riemann comme il s’applique auxdites sciences physiques, Ensuite, j’illustre, avec l’aide de références à la Commedia de Dante Alighieri, la réflection parallèle de ce même principe dans le développement de la vie mentale et politique.

Dans le premier cas, on doit examiner rapidement les preuves empiriques de l’histoire connues de notre propre planète.

Dans son histoire géologique, notre planète fut d’abord dominée par ce que nous appelons des «processus inorganiques», ou, en d’autres termes, le genre de processus pouvant être expliqués de façon adéquate par ce que nous continuons d’associer aujourd’hui avec la physique inorganique et la chimie. Dans une deuxième phase de l’histoire de notre planète, la période paléontologique, ce «processus inorganique» a conduit à l’émergence de processus vivants, constituant ensuite une biosphère auto-développante.

Dans une troisième phase de l’évolution de la biosphère, émergea l’humanité, une humanité non déterminée par le type de processus biologiques évolutifs caractéristiques de la biosphère généralement, mais plutôt par le potentiel mental-créateur qu’a l’homme de modifier son comportement à travers ses progrès dans la maîtrise volontaire et effective de l’organisation cohérente de l’univers.

Ces trois conditions, abstraites pour une analyse séparée, sont caractérisées respectivement par trois principes ordinateurs différents. Dans le premier, l’action caractéristique est en apparence expliquée adéquatement, jusqu’à un certain point, par le genre de constructions pouvant être fondées sur les axiomes de la physique de Lagrange, ou au moins sur les progrès par rapport à la physique de Lagrange accomplies par les hydrodynamistes français et allemands du XIXième siècle. En général, la caractéristique avancée est souvent vue, même si c’est à tort, comme étant consistente avec un principe d’entropie universelle.

Dans le deuxième principe, celui de la biosphère où se produisent des améliorations dans les qualités thermo-dynamiques de la biosphère associées à l’évolution de nouvelles espèces, on décrit une anto-évolution directe de la biosphère selon la direction donnée par le principe thermodynamique d’anentropie biologique. Le troisième principe, la raison, c’est-à-dire le développement évolutionnaire de sociétés à qualité thermodynamique plus élevée, s’accomplit par la perfection de la raison, et non par le genre de déterminations biologiques apparemment caractéristiques de la biosphère en général.

À titre d’illustration,  nous pouvons désigner la caractéristique de chacun de ces trois domaines respectivement par les symboles «n», «n+ l», «n+2». Ces domaines sont distincts, mais agencés de façon causale dans deux sens complémentaires. Le plus élevé émerge du moins élevé par une action causale initialement localisée dans le moins élevé. Les domaines coexistants sont aussi causalement efficaces l’un sur l’autre; chacun agit efficacement sur les deux autres, tout comme l’homme intervient délibérément, avec l’aide de son existence biologique, dans le domaine inorganique, et tout comme une éruption volcanique tue plantes et animaux, ou comme une maladie de l’organisme biologique amène chez l’individu l’affaiblissement ou la cessation de l’activité de la raison.

La continuité causale des trois domaines suffit à démontrer l’existence d’un ordre supérieur de causalité que nous pouvons indiquer par la lettre majuscule «N». Ce principe supérieur recoupe «l’hypothèse de l’hypothèse supérieure» de Platon et le principe générateur «n+1» de Riemann.

Dans un traitement plus rigoureux de cette question nous devrions adopter la définition des ordres physiques transfinis de Georg Cantor: «n», «n+1», «n+2», chacun représentant un ordre transfini par rapport à tous les ordres subordonnés à l’intérieur du domaine correspondant. «N» représente l’ordre qui sous-tend les transfinis «n», «n+ l», «n+2». L’existence d «N» constitue «l’hypothèse supérieure» alors que la nature de «N», y compris sa  portée sur l’ontologie de l’univers pris entier, est le sujet de «l’hypothèse de l’hypothèse supérieure».

Cette démonstration prouve de façon concluante que la notion d’univers physique, telle qu’elle est représentée en termes scalaires, de discontinuités axiomatiques, et de distinctions a priori d’espace, de rotation, de masse, de charge électrique, etc., est au mieux une notion inadéquate. C’est une folie présomptueuse de s’imaginer que les aspects les plus fondamentaux de notre univers dans son ensemble doivent être déduits à partir de processus de division qui cherchent à réduire la matière en tant que telle à ses éléments les plus petits, et présumés indivisibles; et aussi de supposer que les plus petits éléments imaginés doivent pouvoir se définir dans les termes de notions ontologiques scalaires les plus simples.

Au contraire, on démontre que l’univers est premier seulement en tant que totalité. L’univers n’est pas un ensemble fixe de particules simples et interactives; c’est un univers qui, en tant que tout, n’est pas simple, c’est un tout auto-subsistant, se développant lui-même de façon créatrice, un univers continuant à élaborer des qualités supérieures à lui-même.

Nous touchons là le noyau des contributions d’Ibn Sina et du Cardinal Nicholas de Cuse sur l’ontologie de l’univers; voilà aussi la base scientifique qui, selon Platon, Philon et les principaux néoplatoniciens prouve le principe de consubstantialité du Christ, dans l’univers, et dans la question de la Trinité. Après avoir ainsi démontré la nature de l’univers, il nous reste à examiner le problème connexe du processus de perfection des potentialités de la raison humaine. La Commedia

de Dante Alighieri reste encore le meilleur modèle de ce problème. Par quel processus la raison humaine peut-elle se perfectionner en accord avec le principe créateur qui règle et détermine l’univers? Et comment expliquer le fait que, généralement, l’humanité n’arrive pas à mettre ce genre de perfection en pratique?

La Commedia est divisée, comme la plupart des gens le savent, en trois grandes sections: «l’Enfer», le «Purgatoire», et le «Paradis». Ces divisions doivent être comprises comme trois domaines distincts, selon la même idée générale où nous distinguons les domaines de «l’inorganique», de «la biosphère» et de la «raison» dans ce que nous venons d’illustrer.

Au plus bas niveau, dans «l’Enfer», l’homme est philosophiquement un existentialiste. Il est dominé par ses appétits physiques et autres pulsions connexes. Il est aussi un être irrationnel, comme tous les existentialistes d’aujourd’hui qui sont dans la lignée infernale des pseudo-philosophes Sartre, Heidegger, Von Hayek, Popper et cie.

Un être irrationnel, ou un petit groupe hétéronomique poursuit ses impulsions sans égard aux réactions en chaîne qu’elles entraînent et sans considération des conséquences sur le plan universel. Dans la Commedia

, le comte Ugolino mangeant ses enfants dans une cellule de prison, et rongeant éternellement un crâne dans le septième cercle de l’enfer, est le prototype des disciples de Sartre, Heidegger et Von Hayek. Dans sa description de l’«Enfer», Dante démontre l’inefficacité du «principe» existentiel, c’est-à-dire, comment l’homme est conduit à une perversité croissante, et ultimement dans le «Trou» même. Celui qui suit ses pulsions sans les mettre en question comme c’est le cas du personnage de Dante pendant la visite de «l’Enfer», ou bien descend irrévocablement dans le «Trou», ou bien apprend à se poser des questions utiles à partir de cette expérience, et ainsi monte au niveau au «Purgatoire».

Au «Purgatoire», l’homme est encore gouverné par le souci de gratifier ses appétits physiques, mais il subordonne l’expression de ses impulsions à une critique qui considère les conséquences de telles impulsions sous leur forme existentielle brute. Cette mise en question est aussi détaillée dans La Critique de la Raison Pratique d’Immanuel Kant, surtout dans la deuxième partie intitulée «Dialectique de la Raison Pratique». On supprime les impulsions dont les conséquences nuiraient au bien-être général et nuiraient par là même à l’individu, ou on les change quant à leur expression en des types d’actions qui ne mènent pas, visiblement, à de mauvaises conséquences pour l’individu et la société. Cette phase d’amélioration, Kant la nomme «négation».

Cependant, à mesure que l’homme se développe au cours de son ascension dans les différents échelons du «Purgatoire», son amélioration n’est pas gouvernée simplement par une négation des impulsions connues pour leurs mauvaises conséquences. L’idée de moralité, le poids du bien par rapport aux mauvaises conséquences, devient une notion que Kant nomme «la négation de la négation». L’homme ne réprime pas seulement les impulsions indésirables dans le but d’éviter la réaction en chaîne de leurs conséquences. L’homme agit au nom de la moralité par une question de principe.

Il subordonne ses appétits biologiques et impulsions connexes dans le but de parvenir au statut d’être moral.

Cependant, il y a une lacune grave dans cet état Kantien de la morale. La fin pratique du développement de l’individu à l’intérieur du «Purgatoire» est le «Paradis terrestre», la gratification des appétits en des termes acceptables selon les principes moraux régissant les plus hauts niveaux du «Purgatoire». Le «Paradis terrestre», est au «Purgatoire» ce que le «Trou» est à l’expérience de «l’Enfer». La mort inévitable du mortel annule la valeur du «Paradis terrestre».

Quelle sera la valeur éternelle de la richesse, du statut social, et de choses similaires pour le décédé? C’est une vie sans justification ou but durable.

Le guide Virgile ne peut pas mener Dante à la solution de ce problème. Dante doit passer au «Paradis» à travers les flammes pour s’assurer d’un remède contre le misérable but du «Paradis terrestre».

La différence caractéristique entre les domaines du «Purgatoire» et du «Paradis» est la suivante. Au «Purgatoire», l’homme se sert du potentiel de la raison perfectible pour informer et transformer la manière dont il poursuit ses buts mortels, par exemple le «Paradis terrestre». Au «Paradis», l’homme accomplit un changement fondamental en se tournant vers l’essentiel de son identité «interne». Alors qu’au «Purgatoire», l’écho de la Raison

existe en fonction de l’être biologique de l’homme, au «Paradis,» l’existence biologique et ses pouvoirs potentiels sont au service de la Raison. Au «Purgatoire», la conscience de l’être rationnel est comme «plaquée» sur le sens du soi qui est associé surtout à l’individualité biologique. Au «Paradis», le corps que l’individu identifie comme étant le lieu de lui-même est le processus de développement associé à la perfection de la Raison, au soi divin, dont l’individu mortel, biologique dépend comme un serviteur de son maître.

Dans la progression du « Paradis» de la Commedia, nous accédons graduellement au chant de l’empyrée. Ceci est l’état de la connaissance de «l’hypothèse de l’hypothèse supérieure». Ce chant complète, et achève la Commedia. Le soi-développement ordonné selon le principe «n+2» a convergé sur le point à partir duquel la connaissance du processus de perfection «n+2» englobe le principe premier «N», lequel est le principe gouvernant le contenu de la Commedia, permettant à Dante d’accomplir l’ ascension de «l’Enfer» au «Paradis» via le «Purgatoire».

Ce que le chant de l’empyrée exprime, c’est la conscience de l’identité du principe «N» gouvernant toute la Commedia. Ce même principe est fondamental pour comprendre l’idée riemannienne de la totalité universelle. Celà n’est pas apparent au lecteur qui ouvre le livre directement au chant final; le lecteur doit lire ce dernier chant comme la culmination de l’expression de la lecture de tous les chants précédents de la Commedia.

Parvenu à un tel état de connaissance, comment l’individu se définit-il? Dans le pouvoir de la Raison qu’il a découvert de cette manière, il reconnaît le divin de l’humanité, et sait pourquoi cela doit être reconnu comme divin.

Dans la perfection de sa potentialité pour la Raison, la connaissance de l’homme est en accord avec la loi universelle gouvernant le développement de l’univers entier. C’est dans ce sens que l’homme est, de façon unique, à l’ image du Créateur, et que l’homme se reconnaît correctement devoir être l’instrument de la création continue—dans le sens indiqué par Abélard de Paris et d’autres. L’homme doit incorporer le principe «n+ l», générateur de l’univers, en vue de fournir des contributions créatrices dont il est l’auteur ou dont il est le médiateur pour le progrès de l’ensemble de la pratique humaine.

C’est le seul sens d’identité par lequel une personne vraiment sage puisse contrôler son sens personnel d’identité interne ou son engagement dans la pratique sociale. Voilà quels sont mes engagements.

Je ne désire aucunement la position de Président des États-Unis comme le font certaines personnes, pour satisfaire des désirs de «Paradis terrestre». C’est seulement dans la mesure où je me trouve obligé de prendre cette responsabilité, parce que le bien-être de l’humanité l’exige, que je recherche cette position ou que je me vois obligé de la rechercher. Le «Purgatoire» est le lieu où la plupart des hommes publics passent leur vie. Mes buts personnels se trouvent dans un autre domaine.

Ma vision politique

Même si ce que je viens de développer va au-delà des arguments spécifiques de la plupart de ceux qui sont, à proprement parler, dans la lignée de mes prédécesseurs, l’argument établi n’est qu’une reconfirmation de la conception de loi naturelle associée aux courants augustiniens de la chrétienté apostolique ainsi qu’aux adversaires de la tradition moderne du droit romain tels . que Leibniz.

La notion d’un corps connaissable de loi naturelle, connaissable dans le processus de perfection de la raison, a été pour l’essentiel exposée précédemment dans ce rapport. On parvient à une approximation de la même conception en étudiant l’histoire de l’homme. L’examen des causes des différents progrès et régressions de la croissance de la population, et du développement de l’individu moyen dans différentes sociétés, débouche nécessairement sur deux découvertes connexes fondamentales.

Premièrement, c’est uniquement par le progrès technologique dans le mode de production de richesses tangibles correspondant aux besoins de l’homme que l’homme surmonte la tendance à l’épuisement desdites ressources naturelles, et que l’homme accroît sa population et améliore sa qualité de vie. Les moyens par lesquels le genre humain accroît sa population et ceux grâce auxquels il surmonte «l’Enfer» de la dégradation morale du sauvage, sont essentiellement les mêmes: par le progrès technologique, fruit et réflexion du progrès dans la maîtrise volontaire de l’ordination nécessaire de l’univers physique: la science.

Deuxièmement, ce progrès est unique à l’homme entre toutes les espèces, et exprime la distinction fondamentale entre l’homme et la bête de somme ou le perroquet bavard. L’accès à la raison perfectible, typéfié et cohérent avec le progrès scientifique el technologique, est la source du pouvoir qu’a le genre humain d’exister, d’accroître sa population et d’améliorer ses conditions de vie au delà de la quasi-bestialité d’un mode de vie bucolique de croissance zéro.

À cet égard, les buts matériels et moraux de l’existence humaine se rejoignent pour former irréfutablement un seul et unique principe. L’homme a absolument besoin du progrès technologique pour la perpétuation de l’existence matérielle et biologique de son espèce. Sans le progrès technologique, l’homme régresse moralement dans une quasi-bestialité et s’enfonce dans une spirale de décadence matérielle et sociale débouchant sur quelque nouvel âge des ténèbres. Si l’homme se considérait comme un simple animal, alors la propagation matérielle de l’espèce serait la chose la plus importante, et les bienfaits matériels du progrès physique-scientifique tendraient à être vus comme un impératif suffisant en soi.

Que l’homme s’attache alors à ce qui le distingue de la bête de somme ou du perroquet,  son besoin impératif le plus fondamental doit être  moral. Dans ce cas, à l’instar du changement d’identité  lors de la progression du «Purgatoire» au «Paradis», le  progrès matériel devient le moyen indispensable, et non la fin. Le progrès matériel consiste à fournir les conditions de vie dans lesquelles le potentiel mental créateur de l’homme devient le critère premier pour évaluer les individus et ordonner les relations entre les individus d’une société.

Les points fondamentaux que nous venons d’évoquer  définissent un corps de connaissance que nous appelerons corps de connaissance de la loi naturelle.

Cette conception a des ressemblances politiques avec les notions plus restreintes de «loi naturelle» s’appliquant (fort inadéquatement), à l’idée de lois physiques universelles. La loi naturelle, comme  la gravitation, ne peut pas être changée par un vote  populaire, pas plus qu’elle n’est proprement sujette à  modification par un juge ou un législateur. Les gouvernements se doivent de découvrir la loi naturelle et de gouverner leur action à partir de cette connaissance.  Un corps de loi positive qui procède en sublime indifférence ou en opposition à la loi naturelle est abomination immorale—en témoigne la tradition juridique anglaise.

Dans les états qui gèrent leurs affaires d’une façon morale, nous avons la hiérarchie juridique suivante; Au plus haut rang, et supérieure à tout autre droit, nous trouvons le droit naturel. Immédiatement inférieur au droit naturel en qualité et en autorité hiérachique nous avons cette forme de droit constitutionnel créée au service  du droit naturel. Inférieur au droit constitutionnel, avons le droit positif ordinaire, représenté par les textes  législatifs et les décisions spécifiques des juges. Les accords contractuels entre les personnes et les entités se trouvent au plus bas niveau d’importance et d’autorité.

Cette hiérarchie du droit nous envoie encore à la Commedia de Dante Alighieri. L’humanité n’a pas atteint dans l’ensemble le degré de moralité et de connaissance correspondant au chant final de  l’empyrée, mais végète sur le plan moral et intellectuel dans les divers échelons de «l’Enfer, et du «Purgatoire». C’est pourquoi le gouvernement des affaires de l’humanité exige que l’influence de la loi naturelle se reflète dans l’organisation interne des états et dans leurs rapports—et ce quelle que soit l’imperfection morale et intellectuelle de la grande majorité des membres de la société.

Aussi, dans les plus grands moments d’élévation morale d’un peuple, la sagesse nous dicte de consolider cette élévation momentanée par l’adoption de constitutions. Ces constitutions ont deux principales fonctions connexes. Premièrement, l’action du gouvernement de l’état doit être gouvernée par des dispositifs de contrôle et d’équilibre tels qu’aucune majorité de citoyens ne puisse irrémédiablement engager la nation dans une direction contraire aux impératifs tirés de la loi naturelle*,*

Deuxièmement, le critère de citoyenneté sera défini de manière restreinte dans le but de minimiser, sinon d’éliminer l’accès à l’électorat des aliénés mentaux, des criminels, et des individus immatures comme les enfants et les adolescents, et de minimiser aussi l’influence des autres sections de la population qui sont gouvernées par des impulsions irrationnelles (existentialistes).

Ajoutons que les lois constitutionnelles compatibles avec la loi naturelle prescrivent un engagement inaltérable en faveur du progrès scientifique et technologique, la prohibition des méthodes usuraires de pillage de la richesse d’une nation au détriment du développement progressif des capacités productives et du bien-être moyen de la population, et prescrivent enfin la promotion du progrès moral et intellectuel de tous les ressortissants de l’état considéré.

La constitution des États-Unis est exemplaire des efforts nécessaires pour la satisfaction de telles exigences en ce qu’elle souligne l’importance de mécanismes de contrôle et d’équilibre. Trois branches distinctes de gouvernement fédéral, un Président, un Congrès et une Cour fédérale, furent pourvues d’une répartition bien déterminée des pouvoirs. Le Congrès fut divisé en deux branches, pour éviter en particulier cette sorte de folie qui s’était emparée de l’unique Chambre législative corrompue de Pennsylvanie dans les années 1780. Le Président ne fut pas choisi par élection directe, mais par les délibérations d’un corps élu intermédiaire: le Collège électoral.

La branche supérieure du législatif, le Sénat, fut constituée de telle sorte qu’un tiers seulement de ce corps soit soumis à réélection tous les deux ans—un autre frein contre le danger de quelque folie épisodique dans la majorité de l’électorat.

L’objectif global et nécessaire de tels «contrôles et équilibres» est de forcer le gouvernement à réfléchir aux conséquences de ses politiques et de ses actions, l’accent étant mis sur les conséquences dans les années à venir et pour les générations futures. Dans la terminologie de Kant, la fonction des mécanismes de «contrôle et d’équilibre» est d’assister les processus que Kant associe à la «négation de la négation», de garantir que la qualité des décisions ne tombe pas plus bas que celle du «Purgatoire».

Dans les meilleures constitutions en existence aujourd’hui (la plupart des constitutions nationales en existence aujourd’hui ne sont qu’une farce grotesque, un simple «minestrone» de quelques morceaux arbitraires de loi positive que quelques apprentis-cuisiniers ont laissé tomber dans la soupe) dans les meilleurs cas, donc, la moralité kantienne est le plus haut niveau moral atteint par la moyenne de la population adulte. Aussi les constitutions sont-elles sujettes à une limitation: les effets de la loi naturelle doivent être réalisés en informant la conscience des citoyens du «Purgatoire»—puisque ceux qui ont atteint l’état de Raison (le «Paradis» de Dante) sont exceptionnels et peu nombreux.

Nous qui représentons le point de vue de la Raison devons modeler les affaires des nations en présentant notre connaissance et nos propositions sous une forme compréhensible pour les citoyens du «Purgatoire». Telle est la signification pratique de la distinction entre la loi naturelle et la loi constitutionnelle. Nous sommes habituellement obligés de défendre les bonnes politiques dans les affaires publiques en référant aux conséquences de ces politiques du point de vue du «Paradis terrestre». Ce faisant, il nous faut autant que possible souligner les considérations supérieures de la loi naturelle.

En général, la mission des hommes et des femmes de Raison prend la forme suivante.

L’être humain naît pratiquement à l’état de bête existentielle tout en faisant preuve dès après les premières heures des potentialités caractéristiques de la raison. La tendance existentielle prédomine chez la plupart des jeunes gens jusqu’à l’adolescence; stade où la plupart des individus circonscrivent leur développement moral dans les limites du «Purgatoire». Les personnes les plus infortunées n’arrivent jamais au «Purgatoire», mais restent irrationnelles, existentialistes et torturées durant toute leur vie interne. Ces deux catégories de personnes constituent les «moutons» de la société civile, avec la distinction heureuse que les citoyens moraux du «Purgatoire» se montrent périodiquement capables d’élévation dans leurs caractères, leurs conceptions, et leurs engagements, touchant en de tels moments les qualités supérieures de la Raison.

Cette condition de l’humanité d’aujourd’hui est le reflet d’ un progrès significatif dans les conditions morales et intellectuelles de l’homme urbanisé depuis que les nations ont fui l’imbécilité morale et intellectuelle du travail rural dont les formes étaient relativement fixes et bestialisées. Mais, sans dénigrer injustement ce qui a été accompli par le travail du passé, l’humanité est encore loin de l ‘état de Raison que seule une minorité de personnes adultes atteignent.

Il nous faut du recul, dans notre imagination, par rapport aux circonstances particulières du hic et nunc Il nous faut comprendre le processus par lequel la Raison s’est engagée dans la poursuite d’un combat millennaire. La «Cité de Dieu» de St-Augustin est un état encore très éloigné du développement actuel de l’humanité.

Même s’il nous faut travailler avec la plus grande énergie à faire entrer le plus grand nombre possible d’individus directement dans le royaume de la Raison dans l’ espace de notre vie, nous devons être prudents dans nos espoirs: nos vies éphémères et mortelles, et le travail de ces vies ne sont qu’un court moment dans un grand travail continu qui s’ étend sur des milliers d’années. Nous travaillons non pas pour obtenir le «Paradis» pendant notre vie, mais pour avancer la condition de l’ humanité d’un pouce ou deux, et de combattre les influences mauvaises, existentialistes, qui menacent de plonger la condition humaine en arrière vers la bestialité hideuse de quelque nouvel âge des ténèbres.

Voilà l’image que nous devrions avoir de notre soi le plus intîme. Et tel est le travail et le dévouement desquels nous devrions à juste titre éprouver de la joie—que nous sommes nés et nous nous sommes développés pour contribuer notre part au développement de l’humanité.

Voilà l’ultime sagesse guidant la pratique politique.

La «conspiration invisible»

Ceux qui parmi nous ont fait de la loi naturelle le guide de leur action constituent consciemment et délibérément une sorte de conspiration internationale néo-platonicienne. Malheureusement, nous ne nous sommes pas rassemblés en une conspiration formelle depuis plusieurs décennies, depuis environ la mort du Marquis de Lafayette, en 1834. Cependant le potentiel de cette conspiration persiste: nous travaillons dans un but convergeant partout où nous sommes et nous cherchons ce potentiel derrière chacune des personnalités prometteuses que nous rencontrons, espérant trouver en elle un nouveau collaborateur vraiment des nôtres.

Même si j’ai évolué dans cette direction générale depuis ma prime adolescence et ma conversion au point de vue philosophique de Leibniz, la décision de mobiliser directement des réseaux internationaux de néoplatoniciens pour former une coalition consciente de forces déterminantes n’a commencé à prendre forme qu’en 1974, et à se cristalliser dans sa forme politique actuelle durant l’été et l’automne 1975. Ce tournant décisif s’est concrétisé à partir du moment où il est devenu évident que les prises de décisions des diverses forces politiques dans le monde étaient fondées sur des catégories qui, tragiquement, ne correspondaient pas à la réalité des principales impulsions politiques en conflit.

A mesure que des développements, commençant en janvier 1974, ont mené mes associés et moi-même en contact de plus en plus intime avec différents cercles gouvernementaux importants et avec d’autres cercles de grande influence à l’intérieur et à l’extérieur des États-Unis, il était devenu évident que les décisions politiques n’étaient pas prises, comme il est généralement suggéré, au gré de l’influence réciproque des factions nominales existantes. Le fait est que des courants relativement bons d’ordinaire agissent simultanément et côte-à-côte avec des éléments mauvais à la direction de la plupart des partis politiques au monde.

Même si des courants organiquement orientés vers les impératifs de la loi naturelle sont présents dans plusieurs partis et associations influentes, il demeure que leur développement conscient est plus ou moins inadéquat et qu’ils sont aisément désorientés par l’influence d’éléments corrompus dans les mêmes cercles.

Il était donc clair que mes associés et moi-même devions insuffler deux nouveaux éléments dans le processus politique international. En général, il nous fallait tenter de catalyser la formation de larges réseaux pro-néoplatoniciens, de rechercher les personnalités influentes de premier plan et secondaires ayant adoptés plus ou moins délibérément le point de vue de la loi naturelle, et ce faisant, de promouvoir des alliances programmatiques au-delà des clivages des partis et des nations. En même temps il nous fallait travailler à corriger l’inadéquation stratégique des forces influentes avec lesquelles nous nous trouvions en accord moral et pratique.

A titre de référence et dans un but pédagogique, nous avons combiné ce double effort à la publication de travaux retraçant l’activité de réseaux internationaux centrés sur le Marquis de Lafayette au début du XIXième siècle, et autour de Benjamin Franklin avant lui, et plus tôt, autour de personnalités telles que Leibniz, Colbert, et le leadership du Commonwealth Party anglais durant le XVIIième siècle. Le rôle de Dante Alighieri, de Pétrarque après lui, et des réseaux augustiniens représente également autant de points de référence indispensables.

Ces activités, majeures dans notre travail de 1974–1975, nous ont aidés à mieux déterminer la situation stratégique actuelle et les tâches requises grâce à la connaissance de situations cruciales comparables dans le passé. Notre perspective politico-programrnatique générale a beaucoup gagné par cet effort continu.

Notre politique envers le Québec est l’un des résultats directement subsumés sous cette vision stratégique améliorée.

Le problème stratégique central de cette période de crise est que les forces internationales dirigées par l’oligarchie britannique se sont vouées à l’arrêt total du progrès technologique dans le monde. Pire encore, les cercles britanniques dirigeants-dont le London Royal Institute for International Affairs

(RIIA) est l’une des émanations, entendent plonger la planète dans un «nouvel âge des ténèbres» et ceci dans le but explicite de réduire la population mondiale de quatre milliards à deux milliards d’habitants d’ici l’an 2000. L’arrêt du progrès technologique combiné avec la «désintégraton contrôlée» de toutes les économies y compris les États-Unis, est aussi la politique déclarée de la principale branche du RIIA aux États-Unis, Le Council on Foreign Relations (CFR) de New York. Les politiques déclarées du CFR sont actuellement exécutées par l’administration Carter, contrôlée par le CFR, et sont aussi les politiques de chacun des candidats présidentiels des partis Républicain et Démocrate, y compris la marionnette Haig.

Jamais une politique aussi bestiale et infernale a-t-elle été adoptée dans l’histoire des nations modernes. Même le régime nazi pâlit en comparaison de ce que les cercles britanniques dirigeants et leurs confédérés américains proposent d’accomplir. Il n’y a rien de comparable depuis les Guelfes Noirs, qui lancèrent un programme de génocide et de dépopulation de l’Europe culminant dans la Peste Noire au milieu du XIVième siècle.

Il y a plus qu’une simple similarité entre les politiques du RIIA-CFR et des Guelfes Noirs du XIIIième siècle.

Non seulement la monarchie hannovrienne d’Angleterre prit le nom «Guelph» (en allemand «Welf»), mais l’oligarchie écossaise se rattache aux Guelfes Noirs depuis Robert Bruce, et la majorité de l’oligarchie anglaise est liée à la faction génoise (guelfe noir) depuis la montée au pouvoir des Cecil et l’accession au trône de James Ier d’Angleterre en 1603. L’actuelle noblesse noire liée au terrorisme en Italie, l’Union pan-européenne des Habsbourg, les vicieuses familles oligarchique coptes de la Méditerannée orientale, et les familles «aristocratiques américaines» du CFR et les familles oligarchiques dirigeantes britanniques perpétuent consciemment les politiques et conceptions des Guelfes Noirs des XIIIième et XVième siècles.

Le combat est plus ancien encore. Les centres historiques de la faction noble noire d’aujourd’hui sont Rome et Gênes. Ces familles tirent leurs lignées biologiques et leurs traditions politiques directement de la famille d’ Auguste et de Néron César, d’où la famille noire des Colonna descend directement. C’est contre cette incarnation du mal dans la culture romaine que St.

Augustin se battait. Tel est le mal que la chrétienté apostolique combattait à l’époque de la collaboration de St. Pierre et de Philon d’Alexandrie contre le culte de Simon le Mage à Rome. Tel est le mal associé au culte ptolémoïque d’Isis, à ce que St.

Jean avait nommé la «Putain de Babylone» et qui devint plus tard la source du culte d’Apollon à Delphes.

Contrairement à ce que dit le manichéisme, le Bien et le Mal ne sont pas simplement deux forces antagonistes se disputant l’hégémonie sur l’univers. Le «mal pur» existe bien en tant que force organisée dans le monde, et diffère de la simple susceptibilité qu’a l’homme de s’abaisser à des irrationalités bestiales comme celles de l’enfant de deux ans, ou comme l’infantilisme existentiel des adolescents ou des adultes. La «Putain de Babylone» est l’identification biblique de ce mal qui est aussi la tradition politique continue de Babylone au cuite d’Apollon à Delphes, des dirigeants de la Rome impériale jusqu’aux Guelfes Noirs et à l’oligarchie britannique actuelle.

Cette tradition est au cœur de l’histoire organisée des migrations de la «Putain de Babylone» jusqu’à aujourd’hui.

De ce point de vue on peut identifier ainsi le principal problème interne—«Tory»-des États-Unis aujourd’hui.

La faction «Tory» prit son essor chez l’oligarchie esclavagiste de Virginie et les banquiers de Manhattan liés à Londres durant la période de l’adoption de la Constitution américaine et est représentée aujourd’hui par un groupe ridicule mais puissant de familles «anglophiles.» Ces familles se sont dégradées elles-mêmes en s’imaginant être une branche cadette des forces combinées des familles oligarchiques écossaises et anglaises. Ces cercles américains anglophiles baignent dans le culte d’Isis typique des universités d’Oxford et Cambridge, ainsi que dans les doctrines «économiques» immorales qui tiennent le haut du pavé principalement à Cambridge et à la London School of Economies.

Ces familles «aristocratiques américaines», autour du CFR, ne sont pas américaines dans le sens moral véhiculé par l’histoire américaine, mais sont plutôt les compradores de la subversion des institutions américaines par l’Angleterre.

Le problème central du monde aujourd’hui réside dans le fait que les forces centrées à Londres, représentant une politique de croissance-zéro, ont des réseaux puissamment organisés sur le plan mondial. Non seulement contrôlent-elles les gouvernements de Grande-Bretagne, de Hollande, d’Israël, de Pékin et des États-Unis en ce moment, mais l’oligarchie britannique et ses complices étrangers dans cette politique du mal infiltrent les gouvernements et les principaux partis politiques des nations qui, par ailleurs, penchent vers des politiques plus ou moins en conformité avec la loi naturelle. Les ennemis de l’humanité sont bien organisés en une force conspirationnelle internationale, une force qui contrôle la masse la plus importante des richesses dans le monde.

Les autres forces qui défendent la cause de la loi naturelle ou qui représentent une tendance dans cette direction sont demeurées surtout fragmentées.

La différence essentielle entre la situation actuelle et les menaces majeures des Guelfes Noirs contre la civilisation dans les siècles passés réside dans le fait que l’opposition aux politiques de croissance-zéro des Guelfes Noirs n’est pas constituée en une «conspiration internationale» effective. C’est cette fragmentation qui a permis aux ennemis de l’humanité, à une petite force oligarchique, d’amener le monde si près des menaces combinées d’une guerre thermonucléaire, d’un génocide du Tiers-Monde et d’un retour à un nouvel âge des ténèbres pour une génération. En conséquence, voici deux tâches stratégiques décisives qu’il faut entreprendre:

D’abord, si les États-Unis s’orientent décisivement vers une économie de guerre fascisante dont les prémices apparaissent clairement à fois dans la politique actuelle de l’administration Carter et dans la candidature de Haig, l’implication stratégique est la transformation des États-Unis en une sorte de «nouvelle Allemagne Nazie» des années 1980. L’implantation du fascisme aux États-Unis n’aurait pas la même portée globale qu’au Chili, en Israël ou dans la Chine technologiquement arriérée. Les États-Unis sont simplement trop puissants pour que le cours des évènements mondiaux n’en soit changé.

Faute de me soutenir, moi et mes associés, dans la présente situation, les États-Unis passeront sous le contrôle d’un nouvel Adolf Hitler. Quiconque a de l’ influence et refuse de regarder cette réalité en face est victime de sa propre ignorance des faits et de ses illusions bien-pensantes. A moins que mes efforts ne réussissent aux États-Unis, la population du Québec ainsi que la majorité des populations dans le monde seront condamnées à des catastrophes inimaginables dans les années 1980.

Qu’aucune personne d’influence n’ose se dire morale et honnête si elle ne se dresse pas maintenant pour m’appuyer dans mes efforts.

Deuxièmement, et pourvu que l’on neutralise au moins cette tendance fascisante aux États-Unis, il nous faut constituer rapidement une force hégémonique globale, faite de républiques indépendantes, et souveraines, et fondée sur une communauté de principes tirée de la loi naturelle. Ces républiques souveraines doivent agir de concert pour créer un nouveau système monétaire basé sur l’or dont la fonction spécifique sera de générer des crédits à faible intérêt et à long terme pour le développement des techniques de pointe dans l’industrie et l’agriculture des pays en voie de développement.

Cette communauté de principe entre républiques souveraines vouées à la défense de la loi naturelle, s’ajoutant au type de système monétaire basé sur l’or propre à satisfaire les exigences de la loi naturelle, détruira une fois pour toutes la faction oligarchique britannique ainsi que toutes les autres institutions monétaires malfaisantes qui sont présentement associées aux politiques et pratiques de la Cité de Londres.

Les conditions d’existence et l’existence même des générations à venir exigent que l’on agisse maintenant pour détruire cette force du mal que sont les puissances oligarchiques basés en Angleterre. C’est au minimum ce qu’il faut accomplir. La loi naturelle n’autorise rien d’autre. Une fois qu’on aura détruit cette force du mal, ici et maintenant, nous devrons faire un pas de plus.

De même qu’il fut nécessaire d’éliminer la classe esclavagiste au pouvoir dans la Confédération au cours de la Guerre Civile, nous devons couper les racines économiques et politiques de cette classe pour nous débarasser une fois pour toutes du pouvoir millénaire de la «Putain de Babylone.»

Cette victoire ne mettra pas fin aux manifestations du mal dans le monde. La perfection de l’humanité ne peut pas se réaliser aussi facilement. Mais nous aurons détruit le principal pouvoir du mal organisé dans le monde et, en conséquence, enlevé toute crédibilité au Manichéisme et aux autres doctrines perverses.

L’avenir du Québec

On commettrait une grave erreur de croire que je suis un «séparatiste» parce que je soutiens l’idée d’une république indépendante et souveraine pour le Québec. Je rejette totalement le «séparatisme» comme doctrine politique générale. Il se trouve en effet que le Québec devrait être libéré de la mainmise britannique au Canada. Ceci est nécessaire, non pas au nom du séparatisme, mais parce que cette libération est la seule voie acceptable qui s’offre visiblement au Québec en ce moment.

Ce sont les Britanniques eux-mêmes qui sont, en fait, les «séparatistes». Ce sont les services de renseignements britanniques qui ont créé et qui contrôlent entièrement le mouvement séparatiste basque en France et en Espagne. Ce sont les Britanniques qui tentent désespérement de créer un séparatisme Breton en France et qui ont fait appel à une poignée de gangsters Corses de leurs propres services de renseignements pour créer un mouvement séparatiste Corse dont les effectifs n’existent, pour l ‘instant, que sur le papier.

Pour prendre un autre exemple, examinons «l’Arc de Crise» de Zbigniew Brzezinski. Ceci n’est pas une invention de Brzezinski: c’est une politique développée par une branche des services secrets britanniques (SIS) basée en Suisse et présidée par Sir John Glubb Pasha. C’est l’un des principaux centres de coordination des opérations anglaises contre le monde islamique, qui dirige la Fraternité Musulmane contrôlant Ayatollah Khomeini et qui travaille en collaboration étroite avec le Renseignement Israélien ainsi qu’avec les organisations de renseignement politique dites «sionistes» mais qui n’appartiennent pas spécifiquement au gouvernement d’Israël. Il existe également une intégration croissante entre les forces combinées des Glubb Pasha et du Renseignement Israélien avec le Renseignement de la Chine Communiste.

Le promoteur le plus en vue de la doctrine de «l’Arc de Crise» est le Britannique Bernard Lewis du SIS qui fut longtemps un des principaux adjudants de Glubb Pasha et qui enseigne actuellement à l’Université de Georgetown et à Princeton aux États-Unis. C’est Lewis qui a endoctriné Henry A. Kissinger avec cette politique qu’a reprise son successeur Brzezinski.

La doctrine de «l’Arc de Crise» de Lewis sous-tend la politique actuelle de l’axe Anglo-Américain-Israélien-Chinois. La déstabilisation de l’Iran coordonnée depuis Londres ainsi que l’exécution de l’ancien Premier Ministre du Pakistan, Ali Bhutto, assassiné sous l’ordre des amis de Glubb Pasha, font partie de ce même déploiement opérationnel.

Cette politique a pour objectif la fragmentation du Pakistan, de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Iraq, de la Turquie, du Liban, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite, de la Libye, de l’Ethiopie et d’autres pays. Le plan prévoit le dépeçage du Pakistan en trois parties, comprenant la création de deux nouvelles entités: le Pushtunistan et le Baluchistan. Le morcèlement de l’Iran donnerait lieu à la création del’ Arabistan, le Kurdistan, le Baluchistan, l’Azerbaijanistan et probablement aussi l’entité du Turkomen. Le Kurdistan serait formé à partir de morceaux de l’Iraq, de la Syrie et de la Turquie, avec un «Alawitistan» que formeront des sections de la Syrie et de la Turquie.

Le Liban sera divisé au moins en trois parties. Ainsi de suite.

Cette politique britannique n’est pas réservée uniquement à la France, à l ‘Espagne et aux pays de «l’Arc de Crise». Il s’agit d’une politique et d ‘une méthode de déstabilisation que les Britanniques entendent appliquer dans la plupart des pays du monde y compris la Grande-Bretagne elle-même avec la création d’États séparatistes comme l’Écosse et le pays de Galles.

L’objectif général visé par de telles opérations séparatistes—le renseignement britannique ne s’en cache pas—est de disloquer et de fragmenter les nations existantes à un point tel que la base objective de toute politique de développemen économigue nationale soit effectivement détruite.

Il est nécessaire de souligner les faits suivants aussi bien pour leur importance pratique que théorique, car il y a certains éléments qui, au Québec, ont été influencés avec plus ou moins de succès par la version britannique de la doctrine «séparatiste». Même si de telles personnes semblent, jusqu’à un certain point, soutenir le même objectif d’indépendance du Québec que je défends, nos politiques et nos motifs sont par ailleurs directement opposés. Je me réfère principalement à ceux qui, au Québec, se sont laissés influencer par les soi-disant Trotskistes se réclamant de l’agent britannique Ernest Mandel ou par les réseaux terroristes liés au néo-fabien Institue for Policy Studies

aux États-Unis. Par contraste, et en première approximation, on pourrait qualifier ma perspective sur l’indépendance du Québec de «gaulliste».

Examinons d’abord la position du Québec sous l’angle du Canada dans son ensemble.

«Normalement» j’aurais tendance à m’opposer à une politique séparatiste et préférais la constitution d’une république fédérale plus large dont les potentialités de progrès économiques seraient à la mesure. Je souhaîterais voir se réaliser au Canada des réformes convenables tant dans la perception que dans la politique et la pratique des Canadiens. «Normalement,» de telles réformes seraient à même de fournir à une province comme celle du Québec les conditions les plus avantageuses lui permettant de réaliser tout ce qu’autrement elle pourrait réaliser en faisant sécession.

Dès le départ, cette démarche s’effondre en réponse à l’importante question: Dans son état actuel, le Canada est-il réformable? La majorité des principaux penseurs du Québec connaissent la réponse à cette question: ce que mes associés et moi-même avons été obligés de découvrir avec un certain effort soutenu. Dans son état actuel, le Canada n’est manifestement pas réformable, du moins pas sans une véritable révolution politique qui briserait les liens avec l’Angleterre et reconstituerait de fait le Canada sous la forme d’une république démocratique.
Une fois les possibilités de telles réformes considérées, on ne peut pas terminer notre évaluation avant d’avoir considéré également le degré de probabilité

avec lequel chaque type de réforme possible peut effectivement se réaliser dans un laps raisonnable de temps. Notre évaluation des probabilités nous force à considérer deux ensembles de conclusions. A condition que les États-Unis retournent à une politique républicaine démocratique de stimulation du progrès technologique chez eux et à l’étranger, et à condition que les liens entre l’Angleterre et le Canada soient suffisamment affaiblis, une forme pacifique de révolution politique pourrait être réalisée au Canada même si j’ai pu observer une faction impérialiste dans certaines parties du Canada anglais encore plus fanatique qu’en Angleterre-même.

N’ayant pas été forcés de vivre l’effondrement et la ruine de l’économie industrielle britannique, certains canadiens anglophiles ont le loisir d’entretenir le culte de l’empire britannique avec beaucoup plus de sincérité et de ferveur qu’il n’est possible au pauvre peuple anglais lui-même. C’est la coalition entre l’autorité 1égale de la Couronne et le système bancaire canadien lié à la Cité, Hong Kong et les Indes Orientales qui nous mène à la conviction de la nécessité de prendre des mesures énergiques pour arracher le Canada anglais de ses illusions misérables.

En prenant toujours le Canada dans son ensemble, sans pour l’instant considérer les spécificités du Québec, quelles sont les possibilités de promouvoir cette «cassure» qui permettrait aux Canadiens-anglais de l’Ontario et des Maritimes de secouer enfin l’oppression qu’ils persistent à maintenir en se l’imposant à eux-mêmes?

Il y a deux cas politiques et géographiques à partir desquels le Canada pourrait, politiquement, s’émanciper de la tutelle anglaise. Un de ces cas, c’est la Colombie Britannique. Dans cette province, tout ferment pour l’indépendance s’orienterait indubitablement vers le rattachement avec les États-Unis—du moins, à condition que moi-même ou quelqu’un d’autre représentant une politique pro-technologique similaire soit à la Maison Blanche. L’autre cas, c’est le Québec.

A condition que je sois moi-même à la Maison Blanche, la double émancipation de la Colombie Britannique et du Québec forcerait les provinces de l’Ouest à suivre l’impulsion de la Colombie Britannique et tirerait les Maritimes de leur torpeur. Même l’Ontario tendrait à suivre irrésistiblement.

Il y a d ‘autres alternatives mais elles nous conduiraient à la même conclusion générale: l’indépendance du Québec représente le choc nécessaire pour sauver le reste du Canada!

En arrivant à de telles conclusions, précisons que je ne suis aucunement motivé par quelque désir d’agrandir les États-Unis.

Depuis les travaux de Nicholas de Cuse sur des questions connexes au XVième siècle, et particulièrement depuis que Louis XI a réussi à créer la nation française au cours du même siècle, la politique des républicains néo-platoniciens a consisté à promouvoir la création de républiques nationales souveraines—le cadre le plus favorable au gouvernement des affaires humaines. En poursuivant cette politique, nous atteignons un équilibre dans notre jugement entre les avantages économiques décisifs que représentent des États dont le territoire et la population sont relativement étendus d’une part et, d’autre part les aspects qui rendent une identité nationale crédible aux yeux de la majorité d’une population nationale.

L’Empire austro-hongrois était passablement étendu, mais s’était agrandi par des moyens qui firent de cet ensemble monstrueux un objet de mépris pour ses propres sujets et les étrangers.

Une fois qu’une entité est constituée effectivement en nation, nous sommes plus qu’ hésitant à toucher au principe de souveraineté attachée à elle. Toute étude sérieuse du Canada doit prendre en compte cette question. Si le Canada est un État-nation et si ses sujets le perçoivent de cette façon, on est obligé alors de faire tous les efforts pour promouvoir des solutions aux problèmes du Canada dans son ensemble-au nom du principe de souveraineté.

Comme nous le savons, le Canada ne s’est jamais qualifié, en fait, au rang de nation souveraine—ou, pour être plus précis, on ne le lui a jamais permis. La politique britannique à l’égard du Québec, depuis William Pitt le Jeune jusqu’à nos jours, est l’exemple le plus extrême du refus d’accorder à un ensemble humain la maturité nationale et souveraine (on pourrait presque dire la maturité tout court). L’ulcère béant que constitue la politique québécoise imposée par Londres a toujours été un complément à la chétive confédération de l’ensemble du Québec, des Maritimes, de l’Ontario, des Provinces de l’Ouest de la Colombie Britannique et des Territories du Nord-Ouest.

Ceci a été aggravé par l’organisation du système bancaire canadien et par les abus de pouvoir scandaleux de ses dirigeants.

Au cœur de ce véritable manque de souveraineté canadienne, on découvre les pouvoirs spéciaux du Gouverneur Général et la position financière injuste de la Province de Québec par rapport au gouvernement central. Ce n’est pas l’héritage français qui est à la source de cette tendance à la division; ce sont plutôt les conditions pratiques qui correspondent aux origines françaises pour des raisons politiques et historiques.

Étant donné qu’il faudrait probablement d ‘abord le choc de la séparation du Québec pour réaliser une réforme convenable au Canada, et qu’il semble n’y avoir aucune autre solution aux problèmes fondamentaux du Québec, au sein des arrangements qui prévalent actuellement et qui sont déterminés par Londres, il est nécessaire d’envisager la séparation du Québec comme une réalité moralement inévitable. le Québec n’a visiblement aucune autre alternative satisfaisante.

Alors séparez-vous! Mais à quel but? Comme tant d’autres anciennes colonies britanniques, le Québec jouira-t-il d’un semblant de souveraineté politique en demeurant financièrement, et par conséquent économiquement, une néo-colonie de la Cité de Londres et des intérêts bancaires canadiens? C’est dans la réponse à ces questions qu’on trouvera les éléments d’une véritable politique pour le Qμébec.

J’en reviens à mon grand-père qui a quitté le Québec dans les années1880. Est-ce que le Québec peut, au moins, assurer à ses citoyens le type d’occasions qualitatives qui avaient poussé mon grand-père à quitter le Québec pour les trouver ailleurs? Est-ce que le Québec va finalement adopter une politique intérieure favorisant sans restriction les techniques de pointe? En d’autres termes va-t-il promouvoir un développement capitalistique de l’économie, créateur d’emplois qualifiés de carrières scientifiques pour sa jeune population?

Je viens d’employer le langage du «Paradis terrestre»! Mais vous savez désormais quelle est ma véritable préoccupation lorsque je parle d’emplois qualifiés et de carrières scientifiques. Je veux dire que ces jeunes gens, y compris ceux qui ont quitté leurs villages pour chercher du travail à Montréal dans les années 1950 et 1960, doivent trouver les conditions et les circonstances dans lesquelles le respect de leurs pouvoirs cognitifs et leur développement illimité doivent devenir la base pratique du respect de soi-même et des relations sociales.

En favorisant la création de familles au sein desquelles le développement des aptitudes de l’enfant pour la connaissance scientifique devient la valeur culturelle centrale de l’éducation d’enfants, nous créons le type d’environnement moral qui est nécessaire au perfectionnement moral et intellectuel des générations à venir.

A cette fin, la meilleure solution pour le Québec est-elle de vivre indépendamment en tant que république souveraine, où faut-il envisager la possibilité pour le Québec de se joindre aux États-Unis en devenant le 52ème Etat de l’Union?

Un Québécois prudent répliquerait probablement: Tout dépend de ce que vont devenir les États-Unis au cours de la prochaine décennie.

Il est évident que si les États-Unis sont plongés dans les conditions infernales qu’impliquent les tendances actuelles de l’administration Carter et la candidature de Haig, alors le Québec ferait mieux de défendre l’indépendance de sa souveraineté par tous les moyens possibles.

Le rattachement aux États-Unis n’est envisageable que si le nouveau Président des USA est cet auteur ou quelqu’un d’autre représentant essentiellement les mêmes politiques. Je crois, et sans forcer les choses, que dans l’hypothèse où je suis élu président, une majorité de Québécois seraient enclins à se joindre aux États-Unis, pour m’aider à reconstruire les États-Unis et en faire à nouveau une nation vouée au progrès technologique et scientifique, une nation où les Québécois et leurs descendants aimeraient vivre. Si l’aide du Québec devait fournir à mon administration la marge nécessaire à la réussite de ce dessein, alors je souhaite que le Québec choisisse le rattachement aux États-Unis.

Autrement, en tant que Président des États-Unis, le choix m’est indifférent. Si les citoyens québécois préfèrent l’indépendance, je m’en satisferais. S’ils préfèrent l’union avec des États-Unis revitalisés, j’en serais enchanté.

Dans un cas comme dans l’autre, ma politique envers le Québec ne changerait pas fondamentalement. La prospérité du Québec est dans l’intérêt mutuel du Québec et des États-Unis. Si, en raison d’affinité linguistique, le Québec devait préférer un partenaire plus proche comme la France, la situation n’en serait pas fondamentalement différente; les relations entre les États-Unis et une France gaulliste seraient si étroites sous ma présidence que certains de mes critiques pourraient m’accuser de faire du «Constitution Mall» une extension des Champs Elysées.

De plus, les États-Unis, la France, l’Allemagne de l’Ouest et d’autres nations développeraient des modes de coopération si étroites en matière de division du commerce international et d’aide à l’investissement pour le développement des économies du Tiers-Monde, que le Québec deviendrait, d’une manière ou d’une autre, un partenaire des États-Unis sur les marchés étrangers. En réalité, la vérité est que la coopération économique régionale entre les États-Unis et un Québec indépendant serait presqu’aussi étroite que dans le cas où le Québec rejoindrait l’Union.

En pratique, les aspects économiques ne devraient pas jouer un grand rôle dans le choix des citoyens du Québec. Intégré aux États-Unis sous une administration comme la mienne, le Québec connaîtrait probablement un progrès économique un peu plus rapide que sous un régime d’indépendance. La différence toutefois n’est pas telle qu’elle puisse représenter un obstacle au choix de l’indépendance si tel était le voeu des citoyens québécois.

Quant à moi, les priorités actuelles sont les suivantes.

D’abord, je dois affaiblir l’ennemi numéro un de l’humanité tout en travaillant au renforcement des forces vouées au règne de la loi naturelle dans le monde. Ma démarche quant aux problèmes d’indépendance et autres questions similaires réflète donc nécessairement la pensée stratégique des cercles associés au Marquis de Lafayette. C’est pourquoi j’ai donné le nom «d’Opération Lafayette» à ma politique québécoise. L’intérêt vital du Québec étant de se libérer du joug oppressif de Londres, les intérêts pratiques du Québec coïncident avec ma propre stratégie politique.

Deuxièmement, il existe au Québec un courant de forces politiques importantes qui constitue, pourrait-on dire, une force «gaulliste» et qui tend à s’identifier, parallèlement, aux grandes orientations politiques qui furent celles du président Charles de Gaulle. Ces forces tendent également à incarner les meilleurs traditions de la culture politique et philosophique française, à savoir la tradition néo-platonicienne française. Si le potentiel de ces forces peut être combiné efficacement avec les aspirations républicaines des travailleurs du Québec et des forces rurales progressistes, il est possible de développer rapidement un puissant mouvement républicain et néo-platonicien au Québec.

En somme, je demande au Québec de s’aider lui-même en me soutenant dans notre lutte commune pour débarasser l’humanité de la plus hideuse calamité de l’histoire qui la menace. De même que de Gaulle avait compris que la France ne satisferait pas ses aspirations nationales que si elle jouait un rôle stratégique décisif dans le cours des événements mondiaux, je dis au Québec: si le Québec s’engage de lui-même dans une mission féconde pour les affaires des nations, de la conscience qu’il développera de l’existence d’un dessein plus large pour lui naîtra chez ses citoyens cette qualité de conscience gui leur permettra de résoudre plus facilement les tâches internes de la nouvelle nation.

Les individus comme les nations ne valent pas grand chose s’ils ne sont pas conscients d’exister dans un but plus élevé que la simple gratification de leurs appétits sensuels immédiats.

La question n’en est pas celle de l’indépendance en soi. Qui au Québec pourrait souhaiter l’existence d’un misérable ghetto de langue française sur la frontière nord-est des États-Unis, un cauchemar de croissance-zéro grelottant durant les longs hivers gris à cause d’une constante pénurie d’énergie? C’est le devoir et le droit des Québécois de vivre en harmonie avec la loi naturelle. Plus concrètement, le fait est que la population québécoise jouit des ressources morales actives qui lui permettent d’agir maintenant selon les prescriptions de la loi naturelle.

Mai 1979