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title: "Lettres des Américains aux Canadiens"
date: 2026-10-08
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Source : [https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HISTfrQC_s2_Brit-lettresUSA.htm](https://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HISTfrQC_s2_Brit-lettresUSA.htm)

AUX HABITANTS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC.

*Nos 
								amis et concitoyens*,

NOUS, les *délégués* des colonies du 
								Nouveau-Hampshire, de Massachusetts-Bay, de 
								Rhode-Island et des Plantations de Providence, 
								de Connecticut, de la Nouvelle-York, du 
								Nouveau-Jersey, de la Pennsylvanie, des comtés 
								de Newcastle, Kent et Sussex sur le fleuve 
								Delaware, du Maryland, de la Virginie et des 
								Carolines septentrionale et méridionale, ayant 
								été députés par les habitants des dites colonies 
								pour les représenter dans un Congrès général à 
								Philadelphie, dans la province de Pennsylvanie, 
								et pour consulter ensemble sur les meilleurs 
								moyens de nous procurer la délivrance de nos 
								oppressions accablantes; nous étant en 
								conséquence assemblés et ayant considéré très 
								sérieusement l’état des affaires publiques de ce 
								continent, nous avons jugé à propos de nous 
								adresser à votre province comme à une de ses 
								parties qui est des plus intéressée.

LORSQU’après une résistance courageuse et 
								glorieuse le sort des armes vous eut incorporé 
								au nombre des sujets anglais, nous nous 
								réjouîmes autant pour vous que pour nous d’un 
								accroissement si véritablement précieux; et 
								comme la bravoure et la grandeur d’âme sont 
								jointes naturellement, nous nous attendions que 
								nos courageux ennemis deviendraient nos amis 
								sincères, et que l’Être suprême répandrait sur 
								vous les dons de la providence divine en 
								assurant pour vous et pour votre postérité la 
								plus reculée les avantages sans prix de la libre 
								institution du gouvernement anglais, qui est le 
								privilège dont tous les sujets anglais doivent 
								jouir.

CES espérances furent confirmées par la 
								déclaration du roi donnée en 1763, engageant la 
								loi publique pour votre jouissance complète de 
								ces avantages.

À peine aurions-nous pu alors nous imaginer 
								que quelques ministres futurs abuseraient avec 
								tant d’audace et de méchanceté de l’autorité 
								royale, que de vous priver de la jouissance de 
								ces droits irrévocables auxquels vous aviez si 
								juste titre.

MAIS puisque nous avons vécu pour voir le 
								temps imprévu, quand des ministres d’une 
								disposition corrompue ont osé violer les pactes 
								et les engagements les plus sacrés, et comme 
								vous aviez été élevés sous une autre forme de 
								gouvernement, on a soigneusement éviter que vous 
								fissiez la découverte de la valeur inexprimable 
								de cette forme à laquelle vous avez à présent un 
								droit si légitime; nous croyons qu’il est de 
								notre devoir de vous expliquer quelques-unes de 
								ses parties les plus intéressantes, pour les 
								raisons pressantes mentionnées ci-après.

« Dans toute société humaine, » dit le 
								célèbre Marquis Beccaria, « Il y a une force qui 
								tend continuellement à conférer à une partie le 
								haut du pouvoir et du bonheur, et à réduire 
								l’autre au dernier degré de faiblesse et de 
								misère. L’intention des bonnes lois est de 
								*s’opposer à cette force*, et de répandre leur 
								influence *également et universellement*. »

DES chefs incités par cette *force* 
								pernicieuse, et des sujets animés par le juste 
								désir de lui opposer de bonnes lois, ont 
								occasionné cette immense diversité d’évènements 
								dont les histoires de tant de nations sont 
								remplies. Toutes ces histoires démontrent la 
								vérité de cette simple position, que d’exister 
								au gré d’un seul homme, ou de quelques-uns, est 
								une source de misère pour tous.

CE fût sur ce principe comme sur un fondement 
								solide que les Anglais élevèrent si fermement 
								l’édifice de leur gouvernement qu’il a résisté 
								au temps, à la tyrannie, à la tradition, et aux 
								guerres intestines et étrangères, pendant 
								plusieurs siècles. Et comme un auteur illustre 
								et un de vos compatriotes[1](#ancrage_1) 
								cité ci-après, observe, « Ils donnèrent au 
								peuple de leurs colonies la forme de leur 
								gouvernement propre : et ce gouvernement portant 
								avec lui la prospérité, on a vu former de grands 
								peuples dans les forêts même qu’ils furent 
								envoyés habiter. »

DANS cette forme le premier et le principal 
								droit, est, que le peuple a part dans son 
								gouvernement par ses représentants choisis par 
								lui-même, et est par conséquent gouverné par des 
								lois de son approbation, et non par les édits de 
								ceux sur lesquels il n’a aucun pouvoir. Ceci est 
								un rempart qui entoure et défend sa propriété, 
								qu’il s’est acquise par son travail et une 
								honnête industrie; en sorte qu’il ne peut être 
								privé de la moindre partie que de son libre et 
								plein consentement, lorsque suivant son jugement 
								il croit qu’il est juste et nécessaire de la 
								donner pour des usages publics, et alors il 
								indique précisément le moyen le plus facile, le 
								plus économe et le plus égal de percevoir cette 
								partie de sa propriété.

L’INFLUENCE de ce droit s’étend encore plus 
								loin. Si des chefs qui ont opprimé le peuple ont 
								besoin de subsides, le peuple peut les leur 
								refuser jusqu’à ce que leurs griefs soient 
								réparés, et se procurer paisiblement, de cette 
								manière, du soulagement sans avoir recours à 
								présenter des requêtes souvent méprisées, et 
								sans troubler la tranquillité publique.

LE second droit essentiel consiste, être jugé 
								par une jurée. On pourvoit par là qu’un citoyen 
								ne peut perdre la vie, la liberté ou les biens, 
								qu’au préalable sentence n’ait été rendue contre 
								lui par douze de ses égaux et compatriotes de 
								mœurs irréprochables, sous serment, pris dans 
								son voisinage, qui par cela même on doit 
								raisonnablement supposer devoir être informé de 
								son caractère et de celui des témoins, et cela 
								après des enquêtes suffisantes face à face, à 
								huis ouvert, dans la cour de justice, devant 
								tous ceux qui voudront se trouver présent et 
								après un jugement équitable. De plus cette 
								sentence ne peut lui être préjudiciable, sans 
								justifier en même temps la réputation et même 
								les intérêts des jurés qui l’ont prononcée.

CAR le cas en question peut-être sur de 
								certains points qui ont rapport au bien public; 
								mais s’il en était autrement, leur sentence 
								devient un exemple qui peut servir contre 
								eux-mêmes s’ils venaient à avoir un semblable 
								procès.

UN autre droit se rapporte simplement à la 
								liberté personnelle. Si un citoyen est saisi et 
								mis en prison, quoique par ordre du 
								gouvernement, il peut néanmoins en vertu de ce 
								droit, obtenir immédiatement d’un juge un ordre 
								que l’on nomme *habeas-corpus*, qu’il est 
								obligé sous serment d'accorder, et se procurer 
								promptement par ce moyen une enquête et 
								réparation d’une détention illégitime.

UN quatrième droit consiste dans la 
								possession des terres en vertu de légères rentes 
								foncières, et non par des corvées rigoureuses et 
								opprimantes qui forcent souvent le possesseur à 
								quitter la famille et ses occupations pour faire 
								ce qui dans tous état bien réglé devrait être 
								l’ouvrage de gens loués exprès pour cet effet.

LE dernier droit dont nous ferons mention 
								regarde la liberté de presse. Son importance 
								outre les progrès de la vérité, de la morale et 
								des arts en général, consiste encore à répandre 
								des sentiments généreux sur l’administration du 
								gouvernement, à servir aux citoyens à se 
								communiquer promptement et réciproquement leurs 
								idées, et conséquemment contribue à l’avancement 
								d’une union entre eux, par laquelle des 
								supérieurs tyranniques sont induits, par des 
								motifs de honte ou de crainte, à se comporter 
								plus honorablement et par des voies plus 
								équitables dans l’administration des affaires.

CE sont là ces droits inestimables qui 
								forment une partie considérable du système 
								modéré de notre gouvernement, laquelle en 
								répandant la force équitable sur tous les 
								différent rangs et classes de citoyens, défend 
								le pauvre du riche, le faible du puissant, 
								l’industrieux de l’avide, le paisible du 
								violent, les vassaux des seigneurs, et tous de 
								leurs supérieurs.

CE sont là ces droits sans lesquels une 
								nation ne peut pas être libre et heureuse, et 
								c’est sous la protection et l’encouragement que 
								procure leur influence que ces colonies ont 
								jusqu’à présent flori et augmenté si étonnément. 
								Ce sont ces mêmes droits qu’un ministère 
								abandonné tâche actuellement de nous ravir à 
								main armée, et que nous sommes tous d’un commun 
								accord résolus de ne perdre qu’avec la vie. Tels 
								sont enfin ces droits qui *vous* 
								appartiennent, et que vous devriez dans ce 
								moment exercer dans toute leur étendue.

MAIS que vous offre-t-on à leur place par le 
								dernier acte du parlement? La liberté de 
								conscience pour votre religion : Non, Dieu vous 
								l’avait donnée, et les puissances temporelles 
								avec lesquelles vous étiez et êtes à présent en 
								liaison, ont fortement stipulé que vous en 
								eussiez la pleine jouissance : si les lois 
								divines et humaines pouvaient garantir cette 
								liberté des caprices despotiques des méchants, 
								elle l’était déjà auparavant. À-t-on rétabli les 
								lois françaises dans les affaires civiles? Cela 
								paraît ainsi, mais faites attention à la faveur 
								circonspecte des ministres qui prétendent 
								devenir vos bienfaiteurs; les paroles du statut 
								sont, « que l’on se réglera sur ces lois jusqu’à 
								ce qu’elles aient été modifiées ou changées par 
								quelques ordonnances du gouverneur et du 
								conseil ».

Est-ce que l’on vous assure pour vous et 
								votre postérité, la certitude et la douceur de 
								la loi criminelle d’Angleterre avec toutes ses 
								utilités et avantages, laquelle on loue dans 
								ledit statut, et que l’on reconnaît que vous 
								avez éprouvé très-sensiblement? Non, ces lois 
								sont sujettes aux « *changements* » 
								arbitraires du gouverneur et du conseil, et on 
								se réserve en outre très-expressément le pouvoir 
								d’ériger « telles cours de judicature 
								*criminelle, civile et ecclésiastique* que 
								l’on jugera nécessaires. »

C’EST de ces conditions si précaires que 
								votre vie et votre religion dépendent seulement 
								de la volonté d’un seul. La couronne et les 
								ministres ont le pouvoir autant qu’il a été 
								possible au parlement de le concéder, 
								d’introduire le tribunal de l’Inquisition même 
								au milieu de vous.

AVEZ-VOUS une assemblée composée d’honnêtes 
								gens de votre propre choix sur lesquels vous 
								puissiez vous reposer pour former vos lois, 
								veiller à votre bien-être, et ordonner de quelle 
								manière et en quelle proportion vous devez 
								contribuer de vos biens pour les usages publics? 
								Non, c’est du gouverneur et du conseil que 
								doivent émaner vos lois, et ils ne sont 
								eux-mêmes que les créatures du ministre, qu’il 
								peut déplacer selon son bon plaisir. En outre, 
								un autre nouveau statut formé sans votre 
								participation vous assujettis à toute la rigueur 
								d’un impôt sur les denrées que l’on nomme 
								*excise*, impôt détesté dans tous les États 
								libres. En vous arrachant ainsi de vos biens par 
								la plus odieuse de toute les taxes, vous êtes 
								encore exposés à voir votre repos et celui de 
								vos familles troublés par des collecteurs 
								insolents, pénétrant à chaque instant jusque 
								dans l’intérieur de vos maisons, qui se font 
								nommées les forteresses des citoyens anglais 
								dans les livres qui traitent de leurs lois.

DANS ce même statut qui change votre 
								gouvernement, et qui paraît calculé pour vous 
								flatter, vous n’êtes point autorisés « à vous 
								cotiser pour lever et disposer d’aucun impôt ou 
								taxe, à moins que ce soit dans des cas de peu de 
								conséquence, tels que de faire *des grands 
								chemins*, de bâtir ou de réparer des 
								*édifices publics* ou pour quelqu’autres 
								convenances *locales* dans l’enceinte de 
								vos villes et districts. » Pourquoi cette 
								distinction humiliante? Est-ce que les biens que 
								les Canadiens se sont acquis par une honnête 
								industrie ne doivent pas être aussi sacrés que 
								ceux des Anglais? L’entendement des Canadiens 
								serait-il si borné qu’ils fussent hors d’état de 
								participer à d’autres affaires publiques qu’à 
								celle de rassembler des pierres dans un endroit 
								pour les entasser dans un autre? Peuple 
								infortuné qui est non-seulement lésé, mais 
								encore outragé. Ce qu’il y a de plus fort, c'est 
								que suivant les avis que nous avons reçus, un 
								ministère arrogant a conçu une idée si 
								méprisante de votre jugement et de vos 
								sentiments, qu’il a osé penser, et s’est même 
								persuadé que par un retour de gratitude pour les 
								injures et outrages qu’il vous a récemment 
								offert, il vous engagerait, vous, nos dignes 
								concitoyens, à prendre les armes pour devenir 
								des instruments en ses mains, pour l’aider à 
								*nous* ravir cette liberté dont sa perfidie 
								vous a privée, ce qui vous rendrait ridicules et 
								détestables à tout l’univers.

LE résultat inévitable d’une telle 
								entreprise, supposé qu’elle réussît, ferait 
								l’anéantissement total des espérances que vous 
								pourriez avoir, que vous ou votre postérité 
								fussent jamais rétablis dans votre liberté : car 
								à moins que d’être entièrement privé du sens 
								commun, il n’est pas possible de s’imaginer 
								qu’après que vous auriez été employés dans un 
								service si honteux ils vous traitassent avec 
								moins de rigueur que nous qui tenons à eux par 
								les liens du sang.

QU’AURAIT dit votre compatriote l'immortel 
								*Montesquieu*, au sujet du plan de 
								gouvernement que l’ont vient de former pour 
								vous? Écoutez ses paroles avec cette attention 
								recueillie que requiert l’importance du sujet. 
								« Dans un État libre,[2](#ancrage_2) 
								tout homme qui est sensé avoir une âme libre, 
								doit être gouverné par lui-même, il faudrait que 
								le peuple en corps eût la puissance législative; 
								mais comme cela est impossibles dans les grands 
								États, et est sujet à beaucoup d’inconvénients 
								dans les petits, il faut que le peuple fasse, 
								par les représentants, tout ce qu’il ne peut 
								faire par lui-même. » — « La liberté politique 
								dans un citoyen est cette tranquillité d’esprit 
								qui provient de l’opinion que chacun a de sa 
								sûreté; et pour qu’on ait cette liberté, il faut 
								que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne 
								puisse pas craindre un autre citoyen. Lorsque 
								dans la même personne ou dans le même corps de 
								magistrature, la puissance législative est 
								réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point 
								de liberté; parce qu’on peut craindre que le 
								même monarque ou le même sénat ne fassent des 
								lois tyranniques pour les exécuter 
								tyranniquement. »

« LA puissance de juger ne doit pas être 
								donnée à un sénat permanent, mais exercées par 
								des personnes tirées du corps du peuple dans 
								certains temps de l’année, de la manière 
								prescrite par la loi, pour former un tribunal 
								qui ne dure qu’autant que la nécessité le 
								requiert. »

« LES militaires son d’une profession qui 
								peut-être utile, mais devient souvent 
								dangereuse. » « La jouissance de la liberté 
								consiste en ce qu’il soit permis à chacun de 
								déclarer sa pensée et de découvrir ses 
								sentiments. »

APPLIQUEZ à votre situation présente ces 
								maximes décisives, qui ont la sanction de 
								l’autorité d’un nom que toute l’Europe révère. 
								On pourrait avancer que vous avez un gouverneur 
								revêtu de la puissance *exécutrice* ou des 
								pouvoirs de l’*administration*; C’est en 
								lui et en son conseil qu’est placée la puissance
								*législative* : vous avez des *juges* 
								qui doivent décider dans tous les cas où votre 
								vie, votre liberté ou vos biens sont en danger, 
								et effectivement, il semble qu’il se trouve ici 
								une *distribution* et *répartition* de 
								diverses puissances en des mains *différentes* 
								l’une l’autre, ce qui est l’unique méthode que 
								l’esprit humain ait jamais imaginée pour 
								contribuer à l’accroissement de la liberté et de 
								la prospérité des hommes.

MAIS vous servant de cette sagacité si 
								naturelle aux Français, et dédaignant d’être 
								déçus par le faux brillant de cet extérieur, 
								examinez la plausibilité de ce plan, et vous 
								trouverez (pour me servir des paroles de la 
								Sainte Écriture) que ce n’est qu’un « *sépulcre 
								blanchi*, » pour ensevelir votre liberté et 
								vos biens avec votre vie.

VOS juges et votre (soi-disant) Conseil 
								législatif *dépendent* de votre 
								*gouverneur*, et lui-même *dépend* des 
								serviteurs de la couronne, en Angleterre. Le 
								moindre signe du ministre fait agir ces 
								puissances *législative*, *exécutrice* 
								et celle *de juger*. Vos privilèges et vos 
								immunités n’existent qu’autant que dure sa 
								faveur, et son courroux fait évanouir leur forme 
								chancelante.

LA perfidie a été employée avec tant 
								d’artifice dans le Code de lois que l’on vous a 
								récemment offert, que quoique le commencement de 
								chaque paragraphe paraisse être plein de 
								bienveillance, il se termine cependant d’une 
								manière destructive; et lorsque le tout est 
								dépouillé des expressions flatteuses qui le 
								décorent, il ne contient autre chose sinon, que 
								la couronne et ses ministres seront aussi 
								absolus dans toute l’étendue de votre province, 
								que le sont actuellement les despotes de l’Asie 
								et de l’Afrique. Qui protégera vos biens contre 
								des édits d’impôts et contre les rapines de 
								supérieurs durs et nécessiteux? Qui défendra vos 
								personnes des lettres de cachets, des prisons, 
								des cachots et des corvées fatigantes, votre 
								liberté et votre vie contre des chefs 
								arbitraires et insensibles? Vous ne pouvez, en 
								jetant vos yeux de tous côtés, apercevoir une 
								seule circonstance qui puisse vous promettre 
								d’aucune façon, le moindre espoir de liberté 
								pour vous et votre postérité, si vous n’adoptez 
								entièrement le projet d’entrer en union avec nos 
								colonies.

QUEL serait le conseil que vous donnerait cet 
								homme si véritablement grand, cet avocat pour la 
								liberté et l’humanité, que nous venons de citer, 
								fut-il encore vivant et sût que nous vos voisins 
								puissants et nombreux, inspirés d’un juste amour 
								pour nos droits envahis et unis par les liens 
								indissolubles de l’affection et de l’intérêt, 
								vous auraient invités au nom de tout ce que vous 
								devez à vous-même et à vos enfants (comme nous 
								le faisons à présent) de vous unir à nous dans 
								une cause si juste, pour n’en faire qu’une entre 
								nous, et courir la même fortune pour nous 
								délivrer d’une subjection humiliante sous des 
								gouverneurs, intendants et tyrans militaires, et 
								qui ont appris de leurs ancêtres à faire 
								trembler ceux qui osent seulement penser à les 
								rendre malheureux.

NE serait-ce pas par un discours semblable 
								qu’il s’adresserait à vous? Et dirait, 
								« saisissez l’occasion que la Providence 
								elle-même vous offre, votre conquête vous a 
								acquis la liberté si vous vous comportez comme 
								vous devez, cet événement est son ouvrage : Vous 
								n’êtes qu’un très-petit nombre en comparaison de 
								ceux qui vous invitent à bras ouverts de vous 
								joindre à eux; un instant de réflexion doit vous 
								convaincre qu’il convient mieux à vos intérêts 
								et à votre bonheur, de vous procurer l’amitié 
								constante des peuples de l’Amérique 
								septentrionale, que de les rendre vos 
								implacables ennemis. Les outrages que souffre la 
								ville de Boston, ont alarmés et unis ensemble 
								toutes les colonies, depuis la Nouvelle-Écosse 
								jusqu’à la Géorgie, votre province est le seul 
								anneau qui manque pour compléter la chaîne forte 
								et éclatante de leur union. Votre pays est 
								naturellement joint au leur, joignez-vous aussi 
								dans vos intérêts politiques; leur propre 
								bien-être permettra jamais qu’ils vous 
								abandonnent ou qu’ils vous trahissent : Soyez 
								persuadez que le bonheur d’un peuple dépend 
								absolument de sa liberté et de son courage pour 
								la maintenir. La valeur et l’étendue des 
								avantages que l’on vous offre est immense; 
								Daigne le Ciel ne pas permettre que vous ne 
								reconnaissiez ces avantages pour le plus grand 
								bien que vous pourriez posséder, qu’après qu’ils 
								vous auront abandonnés à jamais. »

NOUS connaissons trop bien la noblesse de 
								sentiment qui distingue votre nation, pour 
								supposer que vous fussiez retenus de former des 
								liaisons d’amitié avec nous par les préjugés que 
								la diversité de religion pourrait faire naître. 
								Vous savez que la liberté est d’une nature si 
								excellente qu’elle rend, ceux qui s’attachent à 
								elle, supérieurs à toutes ces petites 
								faiblesses. Vous avez une preuve bien 
								convaincante de cette vérité dans l’exemple des 
								cantons suisses, lesquels quoique composés 
								d’États catholiques et protestants, ne laissent 
								pas cependant de vivre ensemble en paix et en 
								bonne intelligence, ce qui les amis en état 
								depuis qu’ils se sont vaillamment acquis leur 
								liberté, de braver et de repousser tous les 
								tyrans qui on osé les envahir.

S’IL se trouvait quelques uns parmi vous 
								(comme cela est assez fréquent dans tous les 
								états) qui préféreraient la faveur du ministre 
								et leurs intérêts particuliers au bien-être de 
								leur patrie, leurs inclinations intéressées les 
								porteront à s’opposer fortement à toutes les 
								mesures tendantes au bien public, dans 
								l’espérance que leurs supérieurs les 
								récompenseront amplement pour leurs services 
								honteux et indignes : mais nous ne doutons pas 
								que vous ne serez en garde contre de telles 
								gens, et nous espérons que vous ne ferez point 
								un sacrifice de la liberté et du bonheur de tous 
								les Canadiens, pour gratifier l’avarice et 
								l’ambition de quelques particuliers.

NOUS ne requérons pas de vous dans cette 
								adresse d’en venir à des voies de fait contre le 
								gouvernement de notre souverain, nous vous 
								engageons seulement à consulter votre gloire et 
								votre bien-être, et à ne pas souffrir que des 
								ministres infâmes vous persuadent et vous 
								intimident jusqu’au point de devenir les 
								instruments de leur cruauté et de leur 
								despotisme. Nous vous engageons aussi à vous 
								unir à nous par un pacte social, fondé sur le 
								principe libéral égal, et entretenu par une 
								suite de bons offices réciproques, qui puissent 
								le rendre perpétuel. A dessein d’effectuer une 
								union si désirable, nous vous prions de 
								considérer s’il ne serait pas convenable que 
								vous vous assembliez chacun dans vos villes et 
								districts respectifs, pour élire des députés de 
								chaque endroit qui formeraient un Congrès 
								provincial, duquel vous pourriez choisir des 
								délégués pour être envoyés, comme les 
								représentant de votre province, au Congrès 
								général de ce continent qui doit ouvrir ses 
								séances à Philadelphie, le 10 de mai 1775.

DANS le présent congrès qui a commencé le 5 
								du mois passé, et a continué jusqu’à ce jour, il 
								a été résolu unanimement et avec une 
								satisfaction universelle, que nous regarderions 
								la violation de vos droits, opérée par l’acte 
								pour changer le gouvernement de votre province, 
								comme une violation des nôtres propres, et que 
								nous vous inviterions à entrer dans notre 
								confédération, laquelle n’a d’autres objets en 
								vue que la parfaite assurance des droits civils 
								et naturels de tous les membres qui la 
								composent, et la préservation d’une liaison 
								heureuse et permanente avec la Grande-Bretagne, 
								fondée sur les principes fondamentaux et 
								salutaires que nous avons expliqués ci-devant. 
								C’est pour parvenir à ces fins que nous avons 
								fait présenter au roi, une requête humble et 
								loyale, le suppliant de vouloir bien nous 
								délivrer de nos oppressions. Nous avons aussi 
								formé un accord, par lequel nous suspendrons 
								l’importation de toutes sortes de marchandises 
								de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, après le 
								premier de décembre prochain. Comme aussi nous 
								nous engageons à ne rien transporter de chez 
								nous dans ces royaumes ou aux îles de 
								l’Amérique, après le dixième de septembre 
								prochain, si nous n’avons pas encore obtenu, 
								dans ce temps là, la réparation de nos griefs.

QUE le Tout-Puissant daigne vous porter 
								d’inclination à approuver nos démarches justes 
								et nécessaires, et à vous joindre à nous, et que 
								lorsque l’on vous offrira quelques injures que 
								vous serez résolus de ne point souffrir, à ne 
								pas faire dépendre votre sort du peu d’influence 
								que pourrait avoir votre seule province, mais 
								des puissances réunies de l’Amérique 
								septentrionale; et qu’il veuille accorder à nos 
								travaux unis, un succès aussi heureux que notre 
								cause est juste, est la fervente prière de nous, 
								vos sincères et affectionnés amis et 
								concitoyens.

*Par ordre du Congrès*,

26 octobre 1774.

HENRY MIDDLETON, *Président*.
